Re: Pourquoi la fantsy française se vend mal ?

#11
Branwenn a écrit :
sam. mai 25, 2019 9:01 pm

J'ai vraiment l'impression que ça c'est de l'atrophie de l'imaginaire. Quand tu es enfant, les contes, les histoires magiques ça te parle, toujours. Ton imaginaire est débridé, la licorne, le dragon tu les vois. Et puis tu passes par la case école et là patatras ! (...) Les genres de l'imaginaire c'est pour les pauvres d'esprit, la bd c'est juste des p'tit mickey (ça a changé mais pas tant que ça).
(...)
Pour les auteurs francophone Soilworker c'est dommage, il y en a vraiment de très bon, rien que Jaworski ou Platteau c'est du lourd. Pour moi les auteurs / autrices francophones (et là je parle tout genres confondus) n'ont pas du tout à rougir de la comparaison, surtout pas en terme d'innovation et de créativité.
Pour le coup de chapeau à Bragelonne je ne peux que me joindre à tes louanges, même si je n'aime pas tout ce qu'ils essayent de mettre en avant (faut arrêter avec Goodkind même si je conçois que ça vous rapporte des sous pour d'autres titres ;) ) ils ont fait un incroyable taf.
Mais c'est tellement ça!
J'ai fait des études de lettres, et la première fois où j'ai pu lire dans un cadre scolaire ce que je voulais a été en première année de Fac. On devait faire une analyse complète d'une œuvre de notre choix, sans limite de genre. J'avais pris 1984 d'Orwell.
Mais clairement, l'école ruine l'imaginaire. Une fois arrivé milieu de collège, c'est la dégringolade.

Pour les auteurs Français, je m'y intéresse de plus en plus, mais ça revient à ce que je disais dans le sujet liseuse, quand je connais pas, à part si le 4ème me happe vraiment, je reste un peu frileuse à dépenser 25€ pour me lancer dans le vide.
Je rejoins progressivement des groupes et des fofos justement, pour étoffer cette culture qu'il me manque :)

Edit : pour Bragelonne, je ne suis pas tout leur catalogue. J'ai par exemple beaucoup plus de mal avec Milady, car le genre bit-lit m'ennuie vite. C'est dommage d'ailleurs, j'aime bien les histoires de vampires, mais dès que y'a de la romance, je fuis :D
Until they become conscious they will never rebel, and until after they have rebelled they cannot become conscious.
- George ORWELL - 1984 -


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Re: Pourquoi la fantsy française se vend mal ?

#12
Soilworker a écrit :
sam. mai 25, 2019 9:21 pm
Edit : pour Bragelonne, je ne suis pas tout leur catalogue. J'ai par exemple beaucoup plus de mal avec Milady, car le genre bit-lit m'ennuie vite. C'est dommage d'ailleurs, j'aime bien les histoires de vampires, mais dès que y'a de la romance, je fuis :D
Hors sujet du coup parce que ce n'est pas francophone, mais si tu as l'occasion tente la série de Patricia Briggs, Mercy Thompson, c'est excellent et le côté romance est vraiment soft. Ou alors (bon ce n'est pas chez Bragelonne ils ne vont pas m'en vouloir ;) ) la série Le protectorat de l'ombrelle de Gail Carriger, j'adore miss Tarabotti :oops:
Dans chaque vieux, il y a un jeune qui se demande ce qu'il s'est passé.

Terry Pratchett

Re: Pourquoi la fantsy française se vend mal ?

#13
J'ai Étiquette et espionnage de Gail Carriger! Je n'ai pas encore continué la série.
Mercy Thomspon a l'air intéressant, j'ai mis ça en wishlist.
J'avais lu (autrice Française) les Felicity Atcock de Sophie Jomain. Je m'étais faite violence pour le tome 1 car trop; BEAUCOUP trop de romance justement, mais ma potesse en chef m'en avais tellement dit de bien que j'ai quand même continué et j'ai eu raison. C'est une très bonne série (mais pas publiée chez Bragelonne par contre :'( )
Until they become conscious they will never rebel, and until after they have rebelled they cannot become conscious.
- George ORWELL - 1984 -


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Re: Pourquoi la fantsy française se vend mal ?

#14
Niveau auteur francophone, tu as Anne Robillard, une québécoise. Sinon, il faut chercher dans les petites et moyenne maison d'édition qui éditent plus d'auteur Français, comme Leha, Critic, au diable vauvert. Et, parfois, pour découvrir une bonne histoire, il vaut mieux acheter le livre sans lire la quatrième de couverture, ou directement lire la première page. Tout le monde ne peut pas être doué dans ce travail.

Re: Pourquoi la fantsy française se vend mal ?

#15
Ben écoute hier je me suis amusé à rajouter une étiquette "imaginaire francophone" dans ma biblio virtuelle sur Babelio. J'ai en gros 1/3 de bouquins francophones et 80% en fantasy (le reste c'est un peu de sf et Werber :D ). Effectivement quasi rien chez Brage, à part un Fabrice Colin au tout début. Mais je comprends, le but de Bragelonne c'était de faire connaitre le genre au plus grand nombre, donc c'est plus "simple" au début (pas de jugement qualitatif ici) d'aller prendre des titres dont tu sais déjà qu'ils se sont bien vendus de l'autre côté de l'atlantique, même si les droits sont plus cher et que tu dois prendre un traducteur, tu sécurises la chose. Quand tu es pionnier, il faut bien s'appuyer sur quelque chose de solide sinon tu te viandes facilement. Maintenant ils osent plus, chez Big Bang récemment c'est deux auteurs francophones qui ont ouvert le bal, je suis en train de lire le bouquin de Chloé Jo Bertrand en ce moment et c'est vachement bien (bon c'est pas de la fantasy :P ).
Dans chaque vieux, il y a un jeune qui se demande ce qu'il s'est passé.

Terry Pratchett

Re: Pourquoi la fantsy française se vend mal ?

#16
Tiens, c'est intéressant ça de catégoriser ses bouquins par genre et origine! Je vais m'y mettre :D
Je me rends compte que j'ai peu de FR au final, mes romans français sont principalement de la littérature classique. (auteurs français hein).
J'ai du Chattam, du Werber, un peu de Pevel, les Dabos, mais j'ai pas énormément de choix.
Faudrait que je regarde ma Kindle, car là, je pense en avoir plus par contre.
Until they become conscious they will never rebel, and until after they have rebelled they cannot become conscious.
- George ORWELL - 1984 -


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Re: Pourquoi la fantasy française se vend mal ?

#17
Je ne sais pas si ça a un impact ou pas, mais lorsque je je lisais des ouvrages de conseils pour devenir conteuse, les auteures, françaises, expliquaient que pour elles, c'était devenu fréquent que les enfants ne connaissaient même plus les contes "classiques". Du coup, leurs références et clins d’œil dans les contes modernes se cassaient rapidement la figure. Quand tous les gosses écoutaient à la veillée les contes, le fantastique était naturellement présent dans leur vie (avec l'appui de la religion, je sais). Comment peuvent-ils s’intéresser à des créatures fantastiques si un cochon ne peut pas construire une maison en briques ou un chevreau se planquer dans une pendule? N'y-a-t-il pas dès le début une occultance (ça n'existe pas, je sais) de ce pan de l'imaginaire qui décourage les futurs lecteurs de s'y intéresser?

Re: Pourquoi la fantasy française se vend mal ?

#18
Je ne sais pas, j'ai tellement lu de contes à mes enfants que je ne dois pas être un bon exemple. J'ai bossé 3 ans en maternelle en tant qu'avs et la plupart des livres qui servaient de base aux activités étaient du domaine de l'imaginaire. Après il est tout à fait vraisemblable que dans beaucoup de famille "non lectrice" l'accès aux contes soit difficile et qu'il en découle une distanciation de l'imaginaire écrit , parce que le visuel, BD (manga ou franco-belge) ou ciné ça marche plutôt pas mal.
Malgré tout je suis le parfait contre exemple, mes parents ne lisaient quasi rien et je suis pourtant tombé dans la sfff à l'âge de 11 ans :P
Je pense vraiment que la bascule se fait vers 17-18 ans où on demande aux jeunes de devenir "sérieux" ce qui pour beaucoup veut dire arrêter de lire de l'imaginaire. Sur un autre forum que je fréquente, il y a beaucoup de personnes qui reviennent vers la sfff entre 30 -45 ans en se disant et flûte marre d'être "sérieux" je vais lire ce que j'aime. Pour beaucoup c'est une vraie libération je pense et ça ne les empêche pas de lire de la blanche ou du polar.
Dans chaque vieux, il y a un jeune qui se demande ce qu'il s'est passé.

Terry Pratchett

Re: Pourquoi la fantsy française se vend mal ?

#19
Branwenn a écrit :
sam. mai 25, 2019 3:42 pm
Un preuve de plus qu'il faut avoir des reins solides et de gros (enfin j'imagine) moyens, que seul Brage a en France pour faire une campagne d'envergure pour un auteur francophone. Merci de m'avoir rappelé l'opération pour Pevel, je n'ai pas suivi la fin, mais ça a donné quoi au final. Ça a marché ?
Alors je vous arrête tout de suite (ou on va se tutoyer, parce qu'on est sur un forum de fans : je t'arrête tout de suite). Nous avons créé Bragelonne avec 8 000 euros (50 000 FF). Nous n'avions pas d'argent, n'en avons toujours pas car nous réinvestissons tout pour plus d'auteurs ou mieux les auteurs ou mieux quelque chose. Parce que nous avons été des lecteurs frustrés dans les années 80 de ne pas avoir ce que nous voulions en librairie. Dès 2001, et nos premiers succès relatifs (français comme anglo-saxon ; longtemps Henri Loevenbruck a été notre "best-seller" ; je mets des guillemets parce que les best-sellers en imaginaire, à quelques exceptions près c'est tout petit comparé aux best-sellers de la littérature générale ou jeunesse ou bd), alors que n'avions toujours pas un Kopeck (pas de salaire les premières années ; c'est bon les pâtes et le riz mais à un moment ça gave) il y avait déjà les campagnes de désinformations qui parlaient du "rouleau compresseur Bragelonne". Et ce message était répandu par des groupes d'éditions qui pesaient des centaines de millions d'euros et avaient des milliers de personnes à leur service (et de quoi faire des 4x3 dans le métro). L'intox. Nous étions de plus diffusé par Harmonia Mundi, un éditeur de musique, qui était le plus petits des gros diffuseurs de livre à l'époque (qui diffusait également l'Atalante et Mnémos quand nous avons débuté) Et comme la pseudo réussite a également suscité une forme de jalousie de la part de plus petits, on a été pris très vite en sandwich. On menaçait les linéaires des gros, on réussissait avec ce que les petits considéraient comme étant de la merde. Pourtant la mission de Bragelonne était simple. Nous devions être la base du pilier (Usul pour les fans de Dune). Les fondations de la lecture d'imaginaire. Et ne pas empiéter sur les territoires des autres. Ensuite, il existait tout un tas de collections et d'éditions pour ceux qui recherchaient quelque chose de plus élevé, exigeant ou parfois prétentieux. Nous, c'était le divertissement avant tout (pouët pouët). Et les campagne d'envergure dont tu parles Branwenn, elles le sont à la taille de Bragelonne, mais pas à la taille de l'édition, ni Française, ni mondiale. Nous sommes plus présents sur les réseaux sociaux, parce que c'est "gratuit", que par des procédés marketing délirants. Ce qui ne veut pas dire que nous n'avons pas fait des ateliers market au bureau, ou tout le monde remplissait des petites bouteilles vides avec des parchemins, etc. Genre carte au trésor et bouteille à la mer. 20 ou 25 crétins qui passent leur aprem à ça, parce que sinon ça coûterait trop cher. Le côté McGyver de Bragelonne a toujours été une chose fascinante, même de l'intérieur. Mais les campagnes d'envergure... ha ha. Je le ressortirai aux forces de vente la prochaine fois qu'ils me demandent ce qu'on fait pour tel ou tel auteur. "Comme d'habitude, une campagne d'envergure, mes bons amis... Hip Hip Hip Hourrah ! Hourrah ! Hourrah !". Quant à pourquoi les auteurs français vendent moins bien... Si on avait la réponse... On aurait des auteurs français qui vendent mieux et plus. Y a toujours, et il y a toujours eu des auteurs français qui ont superbement bien réussi, depuis les années 50 (Wul, Curval, Houssin, Pelot etc.). C'est la même chose partout ailleurs. Quelle est la taille du marché. Si la littérature de genre est bien développée dans un pays, alors tu peux prétendre à des ventes régulières et importantes pour les auteurs de ce genre. L'imaginaire chez nous a toujours du se battre depuis les années 80, pour exister. L'imaginaire, c'est 7% de parts de marché de la littérature en France, si c'est 2% des linéaires, c'est un maximum. Donc sous représenté. Pas facile de défendre les auteurs du crû qui pourtant sont sur place, ont aujourd'hui leurs réseaux sociaux perso, etc. Ce qui n'empêche pas les Damasio, les Chattam, les Pevel, les Bordage, les Loevenbruck, etc. Il y en a toujours qui rencontrent un public qui dépasse celui du genre. Pourquoi ? Comment ? C'est trop injuste ? Comment on fait les bébés ? On ne sait jamais ce qui va avoir un effet. Mais je constate 2 choses. Ma génération a lu tout ce qu'elle a pu, et en se mettant à l'écriture, elle a majoritairement voulu se distinguer de ce qu'elle avait ingurgité ado. De fait, elle s'est isolée elle-même de ce que les lecteurs, dont ils faisaient avant partie, avaient envie de lire. Le mieux est l'ennemi du bien. Ou un truc dans le genre. On trouve tout le temps des exceptions. Mais très souvent il y a une volonté culturelle en France de faire plus que de raconter une histoire. Parce que c'est cela avant tout le plaisir de se faire enfermer dans un bon livre, c'est d'être au milieu d'une bonne histoire. L'originalité, la beauté, le style, tout cela n'existe que dans l'oeil du tyrannoeil (sérieusement ? tyrannoeil, c'est ça la traduction officielle de Beholder...?!) comme dirait Dan Simmons après l'avoir volé à Keats. Nous sommes tous des enfants dans un désert clamant eau effort, pardon haut et fort : "Héfigna hafagnagna hunfougnon !" L'autre chose que j'ai constatée (en fait j'en ai constaté beaucoup plus, mais j'ai roland garros alors bon...) c'est que depuis Bragelonne, un nouveau courant est apparu, marketing, appelé le Young Adult (adulescents). Rayon énigmatique à géométrie variable pour les 15-25 ans, dont la majeure partie des œuvres relève de l'imaginaire qui tapent souvent des scores de vente pas dégueux. Et si (gag) les auteurs français d'imaginaires vendaient pas si mal que ça en fait, mais pas au rayon imaginaire ? Vous voyez ce que je veux dire ? Non ? Alors pour la prochaine fois vous me rendez 2 copies minimum sur "Quelles sont les œuvres qui devraient être au rayon imaginaire mais sont en fait planquées en littérature générale ou en polar ?" Et vous allez me faire sauter le serveur, je le sais d'avance... :lol:
Dernière modification par NevBrage le mar. juin 04, 2019 11:08 pm, modifié 1 fois.
Everybody relax, I’m here.

Jack Burton

Re: Pourquoi la fantasy française se vend mal ?

#20
Oui effectivement quand je parlais de campagne d'envergure, c'était, d'une part avec mes connaissances de la profession (càd nulles :lol: ) et en regardant ce qui se fait ailleurs dans l'imaginaire (la blanche et certains polar sont hors concours).
Un grand merci pour toutes ces précisions.
Dans chaque vieux, il y a un jeune qui se demande ce qu'il s'est passé.

Terry Pratchett
cron