Quelle couverture pour quel ouvrage?

#1
Woohoo! Je déclare les hostilités ouvertes! :D

Plus sérieusement, j'ai une question à laquelle vous pourrez sûrement répondre.
Amoureuse des livres, lorsque je porte mon choix sur un ouvrage, je vais tenir compte de l'histoire, de l'auteur, de la maison d'édition, mais également de la couverture.
J'aime les beaux livres. J'ai d'ailleurs des œuvres Bragelonne en format relié collector que je trouve sublimes.

Ceci étant dit, j'ai la chance de pouvoir lire en Anglais, et de fait, j'aurai tendance à acheter des versions Anglaises pour les couvertures.
En effet, je remarque que le "hardcover" est plus facile à trouver en Anglais, et que souvent les couvertures sont plus travaillées que nos couvertures souples.
En terme de prix, on a également une différence notable. Un hardcover Anglais fraîchement sorti coûtera en moyenne une 15aine d'€ alors que nos livres en France en format de sortir sont rarement sous les 20€, et si on veut de la couverture cartonnée/solide, on tape tout de suite dans les 30€ voire même plus cher.

Je soupçonne que le coût de fabrication est amoindri en Anglais du au nombre de tirages qui doit être bien plus élevé qu'en Français, et donc que les maisons d'édition peuvent se permettre des couverture à baver dessus?
Mais pouvez-vous éclairer ma lanterne à ce propos peut-être?

Merci beaucoup! :)

Re: Quelle couverture pour quel ouvrage?

#2
Hey,

je ne bosse pas pour Bragelonne, mais l'univers éditorial est mon domaine pro. Je ne peux pas répondre pour eux, tout en pouvant répondre à ta question.
Je soupçonne que le coût de fabrication est amoindri en Anglais du au nombre de tirages qui doit être bien plus élevé qu'en Français, et donc que les maisons d'édition peuvent se permettre des couverture à baver dessus?
Oui, et ça va même plus loin que ça.
Le livre de base, couverture souple, dos carré collé, et noir & blanc reste ce qui coûte à peu près le moins cher à faire. Il faut aussi envisager la qualité du papier, de l'encre utilisée, le nombre de pages que contient le livre...entre autre chose.
Dès que l'on rajoute des "fioritures" (que perso je ne considère pas comme telles en tant que lectrice, mais pour l'aspect pratique de l'explication, on dira que oui) :
Couleurs intérieures (nombre de couleurs à déterminer, couleurs spéciales), les effets sur la couverture (métallisé, ou encore gaufré (relief)), couverture rigide, papier plus épais, ou livre tissé et pas collé, les prix d'impressions flambent.

Sans compter que :
Imaginons que j'ai un super livre, qui va toucher à peu près 500 personnes potentielles. Tu vas pas pouvoir imprimer en Chine, ou d'autres pays hors UE, parce qu'ils n'acceptent qu'à partir de 5 000 impressions, voir 10 000, selon les commandes spéciales, pour amortir leurs propres coûts.
Donc tu fais en France, ou Espagne, ou Italie (ou autre), et tu paies d'autant plus cher, parce que le coût de production n'est pas le même que dans des pays où la main d'oeuvre est à bas-coût.

Mais si j'ai un super livre, qui va toucher à peu près 2 000 personnes. Est ce que je l'imprime en Chine ? Il faudrait négocier probablement le fait de le faire imprimer en même temps qu'un autre tirage. Les frais d'expéditions valent-ils le coût ?

Et imaginons que je suis une maison d'édition américaine, j'ai un super livre. Pour mon marché, il peut toucher à peu près 25 000 personnes (le marché anglo-saxon étant bien plus large, mais attention aux douanes). Je peux amortir mes coûts, parce que je vais faire imprimer en Chine. Je peux même faire bien mieux que ça, sur certains titres, je vais vendre une sortie internationale. Certaines maisons d'éditions vont ainsi vendre le livre clé en main, traduction faites, impressions faites par le chinois choisi, et super couverture possible, parce qu'ils vont tirer 100 000 exemplaires d'un coup.

Note que je ne connais pas les chiffres de ventes du domaine du roman et encore moins de Bragelonne, en moyenne, sur les éditions, donc je te donne une estimation très large.

A cela il faut rajouter (et là encore, je ne parle pas au nom de Bragelonne, que je ne connais pas pour ça ^^) que le prix de fabrication du livre est souvent réparti dans le prix total comme un pourcentage. Si ton pourcentage augmente, ton prix nécessaire pour obtenir une rentabilité va évidemment changer.
Donc si tu veux réduire le prix total, sans toucher au pourcentage, tout en ayant des frais d'impression pas trop haut, il faut à la fois baisser ta marge, et donc être sûr de vendre les 5 000 exemplaires pour rentrer dans tes frais, et être capable d'en écouler plus, pour espérer gagner sur le titre en supplément.

Sans compter la potentialité que les maisons d'éditions anglo-saxonne peuvent avoir des marges différentes pour le diffuseur+distributeur, et un pourcentage différent sur les droits d'auteurs.
Tout ces éléments vont ainsi jouer sur le tarif du livre.

Tu ne peux pas faire de super beaux livres, ou des livres à bonus, aisément. Le lecteur n'est pas toujours prêt à payer plus, la preuve avec ton interrogation légitime.

Re: Quelle couverture pour quel ouvrage?

#4
Le succès de ce type d'oeuvre est plutôt relatif en réalité.
Et, la différence importante, c'est que le financement va payer cash l'impression, avec des personnes prêtes à débourser plus que le prix d'un livre "normal".
Et ce livre auto-édité (attention, j'ai rien du tout contre l'auto édition) ne sera pas diffusé (donc placé dans toutes les librairies de France et ailleurs).

C'est un marché de niche très spécifique, qui est possible quand tu as déjà ta communauté établie, prête à s'engager pour toi/projet, et que ton produit leur correspond ^^

Re: Quelle couverture pour quel ouvrage?

#6
Amariel a écrit :
jeu. mai 23, 2019 6:56 pm
Le succès de ce type d'oeuvre est plutôt relatif en réalité.
Et, la différence importante, c'est que le financement va payer cash l'impression, avec des personnes prêtes à débourser plus que le prix d'un livre "normal".
Et ce livre auto-édité (attention, j'ai rien du tout contre l'auto édition) ne sera pas diffusé (donc placé dans toutes les librairies de France et ailleurs).

C'est un marché de niche très spécifique, qui est possible quand tu as déjà ta communauté établie, prête à s'engager pour toi/projet, et que ton produit leur correspond ^^


En fait je parlais surtout des maisons d'édition qui passent pas mal par là en ce moment, par exemple les Moutons Electriques avec Celtes ! sur l'imaginaire Celte ou ActuSf avec Je suis Providence la bio de Lovecraft. Pour l'auto édition c'est autre chose effectivement.

Re: Quelle couverture pour quel ouvrage?

#7
Nicola a écrit :
jeu. mai 23, 2019 7:11 pm
Pour la couverture, cela peut-être aussi une question d'habitude d'achat des personnes ? Ils ont plus tendance à acheter des couvertures souples, donc ils continuent ?
Je ne suis pas certaine de ça.
Les vieux livres avaient des couvertures dures, souvent en cuir, qui étaient superbes. Avec les nouvelles technologies et les gestion des coûts à la baisse, je soupçonne que la couverture cartonnée est devenue trop chère sur tous points de vue.
Question praticité, soyons honnêtes, si on veut VRAIMENT faire dans le pratique on se dirigera vers les liseuses, ou alors vers un poche si on veut vraiment garder la sensation du papier.

Merci Amariel pour les explications. Ça me rend un peu tristoune au final quand je vois mes biblio que j'ai si peu d'éditions jolies en FR. Mais comme dit, j'ai la chance de pouvoir lire en Anglais donc je balance!
J'ai d'ailleurs reçu hier une édition illustrée de Neverwhere en hardcover qui envoie du pâté <3

Re: Quelle couverture pour quel ouvrage?

#9
Merci pour ces questions-réponses super intéressantes ! J'avoue m'être également déjà interroger là-dessus. Même si ça m'en pose encore d'autres :
- les hard-backs anglais sont-ils ainsi synonymes d'exploitations ? (parce que quand on me parle d'impressions à bas coûts en Chine, c'est malheureusement ce que j'ai tendance à penser... Et ça refroidi tout de suite pour en acheter) ;
- au-delà, des finitions, comment les illustrations sont-elles choisies ? (parce que pour prendre un exemple courant, comparez les dessins VO et VF des premières éditions d'Harry Potter et ce n'est pas la même chose, sans parler de hard-back ou quoi que ce soit) ;
- la répartition des rémunérations est-elle la même en France qu'en pays anglo-saxons ? A une époque où on entend de plus en plus parler du mouvement "paye ton auteur", prix plus bas signifie-t-il aussi marges plus restreintes (outre les coups à moindres frais des impressions de masse, bien sûr) ?
- et puis, n'y a-t-il pas un effet culturel, aussi, qui rentre en jeu ? On sait qu'en France, le consommateur est habitué à penser que "si c'est cher, c'est de bonne qualité" alors peut-être est-on naturellement davantage enclin à mettre le prix pour de "belles éditions" ? Je ne peux que dire, pour ma part, que je suis prête à payer plus cher, moins souvent pour un livre que j'aime en sachant que ça en supportera l'industrie du livre ! Mais l'industrie, justement, compte-t-elle sur notre passion pour cela ?
Bref, vaste sujet que vous lancez là et qui rend très curieux ! ^^