Le triage impitoyable des manuscrits

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Bonjour à tous !

Comme je suis en passe d’enfin terminer l’écriture du roman qui m’occupe depuis quelques années l’esprit, une question m'interpelle : comment procédez-vous au triage des manuscrits d’auteurs qui n’ont jusque-là jamais été publiés (je fais la distinction car je suppose qu’un auteur déjà connu dispose d’une marge de manœuvre différente) ?

En dehors bien sûr des problèmes rédhibitoires les plus évidents comme des lacunes en orthographe, grammaire, ou conjugaison à s’arracher les cheveux, d’une présentation qui fait de la lecture un exercice de déchiffrage, d’un texte qui ne pense à être intéressant qu’après cent pages d’introduction stérile, ou encore d’une intrigue qui ressemble étrangement à celle du dernier succès populaire, y-a-t-il un invisible cahier des charges à remplir, un minimum syndical et secret à satisfaire à tout prix? Ou plutôt des boîtes de Pandore qu’il faut laisser fermer, des sujets ou des façons de faire à éviter comme la peste ?

Avez-vous en tête un ensemble de fondations logiques mais rigides sur lesquelles tout manuscrit qui vous est proposé doit nécessairement reposer, et desquelles il est exclu de dévier sous peine d’être aussitôt écarté d’un revers de la main ?

Je pense à des choses comme : un style d’écriture simple et concis, peut-être un peu blafard, peut-être un peu générique, mais assez accessible pour ne pas exiger d’efforts particuliers de la part du lecteur, et assez familier pour qu’il se sente en terrain connu. Je ne suis pas un partisan de la forme au détriment du fond, bien au contraire, je sais aussi qu’à vouloir coûte que coûte faire mieux on fait souvent pire, et je comprendrais tout à fait qu’une certaine prise de risque au niveau de la prose refroidisse automatiquement les personnes chargées de l’évaluation initiale des manuscrits qui vous sont envoyés – les routes pavées inspirent toujours plus confiance que les sentiers battus – mais est-ce bien le cas chez vous ? Dit-on fatalement : « Non, au suivant » à un texte écrit avec toutes les couleurs de l’arc-en-ciel au lieu du noir et blanc habituel, ou existe-t-il la possibilité d’un « Pourquoi pas, tant que c’est bon ! » ?
Un autre élément dans le même ordre d’idée pourrait être la narration. Si elle ne répond pas aux attentes classiques, à savoir un point de vue neutre, détaché, et uni du début à la fin du récit, condamne-t-elle aussitôt à vos yeux l’histoire qu’elle raconte ?

Ces deux points me viennent à l’esprit en premier, mais on pourrait en évoquer beaucoup d’autres: en termes de contenu, par exemple, certains thèmes sont-ils proscrits (ou au contraire encouragés) au nom du politiquement correct ou de l'idée (peut-être juste) que vous vous faites des attentes de votre lectorat?

Mon message est cela dit assez long en l’état. Merci d’avance à qui voudra bien me répondre !
cron